À nous de jouer !

Élever la voix de l’art local et émergent, par radio 40

Publié par
EPIC-Magazine

Par Meryl Brucker, publié le 5 mai 2020
Voir l’article source sur EPIC

Le confinement a vu une multitude d’initiatives et de projets culturels fleurir ici et là. La multiplication des médias jeunes et émergents s’est également mise en marche. radio 40 en fait partie et pourrait bien s’inscrire comme l’un des plus pérenne. Elle a d’ailleurs réinventé son identité visuelle avec Céline Pugin, a.k.a CCÉLINE. EPIC-Magazine s’est entretenu avec Agathe et Semion, les deux fondateur.trice.s de la webradio.

La nouvelle identité visuelle est signée Céline Pugin

EPIC-Magazine a proposé du contenu à diffuser sur radio 40, notamment une partie de nos EPIC OPUS, les mixes mensuels qui présentent les dj.ettes de la région. Anita Kirrpis et Annibale O. ont par exemple été de la partie. Agathe a également intégré des extraits de nos podcasts de lectures d’auteur.es romand.es dans ses morning show !

Qui se cache derrière radio 40 ? Est-ce que vous étiez déjà dans la radio avant cette aventure ?

La radio a été fondée par nous deux, Agathe et Semion. Il est DJ et ingénieur en informatique, et il étudie actuellement les sciences sociales. Agathe est comédienne, performeuse, membre du collectif Où êtes-vous toutes ? et actuellement en master à la HEAD. On n’avait jamais fait de radio avant, mais ça fait un moment qu’on est assez actif·ve·s dans le milieu culturel et musical lausannois, notamment par l’organisation de raves et de soirées en club. On a été rapidement rejoint par des ami·e·s à nous, notamment Juan, Sarah et Hector qui nous aident pour la communication, la technique, le graphisme… On est maintenant sept personnes plus ou moins actives pour la radio.

Comment, où et quand est née radio 40, et pourquoi cette appellation ?

radio 40 est née le 14 mars, chez nous, au début du confinement. On a eu pas mal d’évènements culturels annulés autour de nous et on s’est dit qu’il fallait faire quelque chose de cette énergie. 40 comme la quarantaine.

Pourquoi vous semblait-il important de créer cette plateforme d’expression ? C’était pour vous, pour passer le temps, ou c’était avant tout comme une démarche « engagée » ?

Au-delà de toute démarche politique c’était important de proposer un espace de représentation et un soutien financier à tous·tes les artistes dont les représentations ont été annulées. Avant le confinement, ce qu’on faisait pour passer le temps c’était organiser des évènements. On faisait ça de façon engagée, notamment autour de questions féministes, antiracistes et anticapitalistes, par exemple en proposant des line ups paritaires et inclusifs, en se positionnant sur des sujets tels que le prix libre et l’appropriation culturelle. Naturellement, on retrouve ça dans la façon dont on travaille pour la radio.

Comment ça se passe, la programmation d’une radio ? Quels sont les critères de sélection ? Et comment s’organise-t-on après ?

On a demandé aux DJs et artistes autour de nous de nous envoyer du contenu, et maintenant on reçoit beaucoup de propositions spontanées. Pour choisir ce qu’on passe, on essaie de garder un compromis acceptable entre qualité et diversité des propositions et on essaie de ne pas trop se baser sur la crédibilité antérieure des personnes et d’écouter tout ce qu’on nous envoie. Nous avons le dernier mot sur la programmation. On essaie d’adapter les propositions à l’heure de la journée, en mettant par exemple les podcasts et la musique plutôt calme dans l’après-midi, et le reste le soir.

Et les gens qui vous écoutent, vous avez eu des retours ? Réussi à élaborer un profil type de public ? Où est-il localisé ?

De ce qu’on voit sur Instagram le public est plutôt lié à notre programmation, donc à notre réseau. On a eu de super retours, on voit que ce que les gens apprécient le plus ce sont les émissions interactives en direct, parce qu’en cette période de confinement ça permet un peu de compenser le manque de lien social.

La journée type à radio 40, comment se déroule-t-elle ? Vous y consacrez combien de temps ? Ça représente un boulot colossal ?

Au début, ça nous prenait toute la journée et la soirée car on devait mettre en place le site, la webradio, développer la programmation, la
production, la communication… On a dû mettre en pause nos activités professionnelles et académiques pendant la première semaine ! On a ensuite réussi assez vite à automatiser pas mal d’aspects des opérations quotidiennes de la radio, notamment pour recevoir les contenus et les charger sur notre plateforme de diffusion, pour publier les émissions sur Mixcloud. On a également écrit plusieurs marches à suivre pour que les gens puissent mettre en place eux-mêmes la diffusion d’émissions en direct.
Grâce à ça, ça ne nous prend plus que quelques heures par jour chacun (sans compter le morning show qu’Agathe doit préparer tous les matins), du coup on a pu reprendre un rythme de vie normal et nos activités professionnelles.

Maintenant que vous prenez un peu de recul au bout d’un mois de lancement, qu’est-ce que ce projet vous apporte ?

Il nous a apporté la confirmation qu’on aime imaginer des programmations et diffuser les artistes que l’on aime. Qu’on peut travailler ensemble dans la bonne humeur la plupart du temps. Qu’il y a beaucoup de pédagogie à faire encore si on veut créer un espace qui ne soit pas offensant ou oppressif et qui donne la parole de façon inclusive, et que c’est un travail qu’on est prêt à faire.

radio 40, c’est une radio qui ne serait pas née sans le confinement ? Et post-confinement, vous l’imaginez comment ? Tel un projet figé ou comme une perspective évolutive ?

Peut-être qu’elle serait née sans confinement parce qu’à notre goût il n’y pas vraiment de radio en Suisse romande qui remplisse la niche que nous occupons. Mais c’est sûr que c’est le confinement a donné l’impulsion de créer cette radio. Post-confinement, peut-être qu’on devra un peu réduire la voilure quand on recommencera à avoir une vie sociale par exemple. Il faudra aussi voir s’il y a toujours des auditeur·ice·s une fois que les gens ne sont plus coincés à la maison. On est également en train de faire des demandes de subventions qui nous donneront peut-être les ressources pour continuer à développer la radio. Le rêve serait d’avoir un studio où accueillir les artistes, organiser des workshops, des résidences…

De manière plus générale, que pensez-vous de l’offre des médias jeunes – émergents – et/ou culturels dans le paysage suisse romand ? Quelles améliorations peut-on y porter et est-ce que radio 40 répond à un besoin qui
n’était pas comblé selon vous dans l’offre actuelle ?

Même si du côté de Couleur 3 par exemple il y a des efforts en ce sens là, on trouve qu’au niveau art émergent et radio, ça pèche un peu en Suisse romande. Au niveau musique il y a quelques initiatives en Europe qui peuvent avoir la prétention de fédérer des scènes nationales, comme par exemple NTS à Londres, LYL radio à Lyon ou Rinse France à Paris, mais on a pas trop d’équivalent par ici, que ce soit au niveau romand ou national.

Pour écouter radio 40 en direct, il faut se rendre sur leur site internet.

Par Meryl Brucker, publié le 5 mai 2020
Voir l’article source sur EPIC

Le confinement a vu une multitude d’initiatives et de projets culturels fleurir ici et là. La multiplication des médias jeunes et émergents s’est également mise en marche. radio 40 en fait partie et pourrait bien s’inscrire comme l’un des plus pérenne. Elle a d’ailleurs réinventé son identité visuelle avec Céline Pugin, a.k.a CCÉLINE. EPIC-Magazine s’est entretenu avec Agathe et Semion, les deux fondateur.trice.s de la webradio.

La nouvelle identité visuelle est signée Céline Pugin

EPIC-Magazine a proposé du contenu à diffuser sur radio 40, notamment une partie de nos EPIC OPUS, les mixes mensuels qui présentent les dj.ettes de la région. Anita Kirrpis et Annibale O. ont par exemple été de la partie. Agathe a également intégré des extraits de nos podcasts de lectures d’auteur.es romand.es dans ses morning show !

Qui se cache derrière radio 40 ? Est-ce que vous étiez déjà dans la radio avant cette aventure ?

La radio a été fondée par nous deux, Agathe et Semion. Il est DJ et ingénieur en informatique, et il étudie actuellement les sciences sociales. Agathe est comédienne, performeuse, membre du collectif Où êtes-vous toutes ? et actuellement en master à la HEAD. On n’avait jamais fait de radio avant, mais ça fait un moment qu’on est assez actif·ve·s dans le milieu culturel et musical lausannois, notamment par l’organisation de raves et de soirées en club. On a été rapidement rejoint par des ami·e·s à nous, notamment Juan, Sarah et Hector qui nous aident pour la communication, la technique, le graphisme… On est maintenant sept personnes plus ou moins actives pour la radio.

Comment, où et quand est née radio 40, et pourquoi cette appellation ?

radio 40 est née le 14 mars, chez nous, au début du confinement. On a eu pas mal d’évènements culturels annulés autour de nous et on s’est dit qu’il fallait faire quelque chose de cette énergie. 40 comme la quarantaine.

Pourquoi vous semblait-il important de créer cette plateforme d’expression ? C’était pour vous, pour passer le temps, ou c’était avant tout comme une démarche « engagée » ?

Au-delà de toute démarche politique c’était important de proposer un espace de représentation et un soutien financier à tous·tes les artistes dont les représentations ont été annulées. Avant le confinement, ce qu’on faisait pour passer le temps c’était organiser des évènements. On faisait ça de façon engagée, notamment autour de questions féministes, antiracistes et anticapitalistes, par exemple en proposant des line ups paritaires et inclusifs, en se positionnant sur des sujets tels que le prix libre et l’appropriation culturelle. Naturellement, on retrouve ça dans la façon dont on travaille pour la radio.

Comment ça se passe, la programmation d’une radio ? Quels sont les critères de sélection ? Et comment s’organise-t-on après ?

On a demandé aux DJs et artistes autour de nous de nous envoyer du contenu, et maintenant on reçoit beaucoup de propositions spontanées. Pour choisir ce qu’on passe, on essaie de garder un compromis acceptable entre qualité et diversité des propositions et on essaie de ne pas trop se baser sur la crédibilité antérieure des personnes et d’écouter tout ce qu’on nous envoie. Nous avons le dernier mot sur la programmation. On essaie d’adapter les propositions à l’heure de la journée, en mettant par exemple les podcasts et la musique plutôt calme dans l’après-midi, et le reste le soir.

Et les gens qui vous écoutent, vous avez eu des retours ? Réussi à élaborer un profil type de public ? Où est-il localisé ?

De ce qu’on voit sur Instagram le public est plutôt lié à notre programmation, donc à notre réseau. On a eu de super retours, on voit que ce que les gens apprécient le plus ce sont les émissions interactives en direct, parce qu’en cette période de confinement ça permet un peu de compenser le manque de lien social.

La journée type à radio 40, comment se déroule-t-elle ? Vous y consacrez combien de temps ? Ça représente un boulot colossal ?

Au début, ça nous prenait toute la journée et la soirée car on devait mettre en place le site, la webradio, développer la programmation, la
production, la communication… On a dû mettre en pause nos activités professionnelles et académiques pendant la première semaine ! On a ensuite réussi assez vite à automatiser pas mal d’aspects des opérations quotidiennes de la radio, notamment pour recevoir les contenus et les charger sur notre plateforme de diffusion, pour publier les émissions sur Mixcloud. On a également écrit plusieurs marches à suivre pour que les gens puissent mettre en place eux-mêmes la diffusion d’émissions en direct.
Grâce à ça, ça ne nous prend plus que quelques heures par jour chacun (sans compter le morning show qu’Agathe doit préparer tous les matins), du coup on a pu reprendre un rythme de vie normal et nos activités professionnelles.

Maintenant que vous prenez un peu de recul au bout d’un mois de lancement, qu’est-ce que ce projet vous apporte ?

Il nous a apporté la confirmation qu’on aime imaginer des programmations et diffuser les artistes que l’on aime. Qu’on peut travailler ensemble dans la bonne humeur la plupart du temps. Qu’il y a beaucoup de pédagogie à faire encore si on veut créer un espace qui ne soit pas offensant ou oppressif et qui donne la parole de façon inclusive, et que c’est un travail qu’on est prêt à faire.

radio 40, c’est une radio qui ne serait pas née sans le confinement ? Et post-confinement, vous l’imaginez comment ? Tel un projet figé ou comme une perspective évolutive ?

Peut-être qu’elle serait née sans confinement parce qu’à notre goût il n’y pas vraiment de radio en Suisse romande qui remplisse la niche que nous occupons. Mais c’est sûr que c’est le confinement a donné l’impulsion de créer cette radio. Post-confinement, peut-être qu’on devra un peu réduire la voilure quand on recommencera à avoir une vie sociale par exemple. Il faudra aussi voir s’il y a toujours des auditeur·ice·s une fois que les gens ne sont plus coincés à la maison. On est également en train de faire des demandes de subventions qui nous donneront peut-être les ressources pour continuer à développer la radio. Le rêve serait d’avoir un studio où accueillir les artistes, organiser des workshops, des résidences…

De manière plus générale, que pensez-vous de l’offre des médias jeunes – émergents – et/ou culturels dans le paysage suisse romand ? Quelles améliorations peut-on y porter et est-ce que radio 40 répond à un besoin qui
n’était pas comblé selon vous dans l’offre actuelle ?

Même si du côté de Couleur 3 par exemple il y a des efforts en ce sens là, on trouve qu’au niveau art émergent et radio, ça pèche un peu en Suisse romande. Au niveau musique il y a quelques initiatives en Europe qui peuvent avoir la prétention de fédérer des scènes nationales, comme par exemple NTS à Londres, LYL radio à Lyon ou Rinse France à Paris, mais on a pas trop d’équivalent par ici, que ce soit au niveau romand ou national.

Pour écouter radio 40 en direct, il faut se rendre sur leur site internet.

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