À nous de jouer !


L’avenir de la planète se jouera dans notre assiette

Publié par NOÉMIE PRALAT le 11 février 2019
Voir l’article source sur topolitique.ch

Alors que 2030 se profile à l’horizon, le thème du développement durable se retrouve en tête de l’actualité. L’agenda 2030 de l’Organisation des Nations Unies, qui fixe 17 objectifs de développement durable (1) à atteindre d’ici-là, semble n’avoir jamais été autant considéré comme une véritable feuille de route. Dernièrement, il semblerait que l’action climatique se soit jouée du côté des revues scientifiques. En effet, la revue britannique « The Lancet » s’est alliée à la fondation EAT (2) dans le cadre d’une commission composée de 37 experts de diverses disciplines s’échelonnant de la nutrition à l’environnement ainsi qu’à la science politique et a livré une conclusion réjouissante, ce 17 janvier dernier.

A les croire, il serait possible de nourrir 10 milliards d’êtres humains en 2050 tout en assurant la pérennité des ressources naturelles. La commission EAT-Lancet souligne l’impact environnemental et sociétal de nos modes actuels de fonctionnement et parle expressément de « régime de santé planétaire », en l’occurrence, de la nécessité de modifier nos modes de production et de consommation. Effectivement, le domaine de l’agriculture pourrait bien se trouver être la clé pour renverser la balance climatique. D’après les chiffres de l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), la production de nos ressources alimentaires engendre près de 30% des gaz à effets de serre résultant d’une activité humaine (3). Il s’agit par ailleurs de la principale cause de la déforestation et de la perte de biodiversité et cela joue un rôle conséquent dans la dégradation de la qualité de l’eau (4).

L’enquête de la commission EAT-Lancet livre un régime alimentaire extrêmement détaillé : en 2050, chaque humain disposera de 2500 calories par jour. Ce chiffre couvre largement nos besoins caloriques de base. Et l’analyse de l’assiette idéale est encore plus approfondie : elle serait composée en moyenne de 232 grammes de céréales complètes, de 50 grammes de féculents, de 300 grammes de légumes, de 200 grammes de fruits, de 250 grammes de produits laitiers, de 125 grammes de protéines végétales (75 grammes de légumineuses et 50 grammes de noix), de 84 grammes de protéines animales (7 grammes d’agneau ou de bœuf, 7 grammes de porc, 28 grammes de volaille, 13 grammes d’œufs, 28 grammes de poisson), de 52 grammes de graisses et de 31 grammes de sucres ajoutés (5).

La première conclusion est qu’une diminution de notre consommation de viande reste le changement le plus efficace : cela est particulièrement visible dans les valeurs recommandées de viande rouge, qui demeure parmi les pôles d’activité agricole les plus polluants. Le « régime planétaire » nous autorisant un peu moins de 100 grammes de viande par jour, cela correspondrait à titre d’exemple, à un steak de bœuf et deux filets de poulet par semaine.

La seconde observation découle de la diminution de notre consommation de protéines animales, qui devrait être compensée par des protéines végétales et notamment par l’essor des légumineuses. Cette transition vers les légumineuses date de 2016, lorsque l’Assemblée Générale des Nations-Unies a décrété que cette année-là deviendrait « l’année internationale des légumineuses » (6). La transition sociétale est fastidieuse, mais s’effectue déjà, notamment par des programmes de valorisation des légumineuses auprès des agriculteurs et de la population.

La principale préoccupation, à la lecture de l’enquête de la commission EAT-Lancet est le contenu de l’assiette trop détaillé et trop contraignant. Néanmoins, cette vision proposée par les experts présente l’avantage de prendre en compte les préférences individuelles et locales. Il ne s’agit pas de libéraliser et uniformiser le domaine de l’alimentation en supprimant les particularismes locaux mais plutôt de recommander des valeurs caloriques. L’enquête de la commission livre des chiffres qui demeurent des moyennes et permettraient d’avoir des menus flexibles, selon les ressources alimentaires disponibles à l’échelle locale.

Le second avantage en faveur de ce régime planétaire consiste en son pouvoir à rétablir la balance nutritive globale et ainsi à épargner de nombreuses vies. Actuellement, près de deux milliards d’adultes sont en surpoids voire obèses tandis que 462 millions sont en insuffisance pondérale (7). Cependant, la mise en place de ce régime planétaire d’ici l’an 2050 nécessiterait un effort global. Dans les pays dits « riches », dont la consommation personnelle journalière s’élève à près de 3700 calories, la population devrait s’efforcer à ne pas accaparer les ressources afin de permettre aux pays les moins bien lotis de gagner 200 calories par personne et par jour.

Cette enquête semble donc indiquer que nous pourrions, avec un peu de motivation et de temps, changer notre mode de consommation et ainsi nous occuper efficacement de nos propres oignons. Pourquoi ne pas s’y essayer ?

Références
1- http://www.undp.org/content/undp/fr/home/sustainable-development-goals.html (consulté le 21 janvier)
2- Pour plus d’informations sur la fondation EAT : https://eatforum.org/
3- Plates, Pyramids, Planet. Gonzaley Fischer C., Garnett T. FAO, Rome, 2016. Publication disponible au téléchargement au lien suivant : http://www.fao.org/documents/card/fr/c/d8dfeaf1-f859-4191-954f-e8e1388cd0b7/
4- Vous pourrez retrouver des statistiques plus approfondies dans l’article suivant : Smith et al. (2014). Agriculture, Forestry and Other Land Use (AFOLU). In : Climate Change 2014 : Mitigation of Climate Change. Contribution of Working Group III to the Fifth Assessment Report of the Intergovernmental Panel on Climate Change.
5- Pierre Le Hir, Le Monde, 17 janvier 2019 : https://www.lemonde.fr/planete/article/2019/01/17/un-steak-par-semaine-des-fruits-et-des-proteines-vegetales-la-recette-du-regime-de-sante-planetaire_5410177_3244.html?xtmc=regime_planetaire&xtcr=1 (consulté le 22 janvier 2019)
6- 2016, Année Internationale des Légumineuses, FAO. A retrouver au lien suivant : http://www.fao.org/pulses-2016/fr/ (consulté le 24 janvier 2018)
7- https://www.who.int/fr/news-room/fact-sheets/detail/malnutrition (consulté le 23 janvier 2019)

Publié par NOÉMIE PRALAT le 11 février 2019
Voir l’article source sur topolitique.ch

Alors que 2030 se profile à l’horizon, le thème du développement durable se retrouve en tête de l’actualité. L’agenda 2030 de l’Organisation des Nations Unies, qui fixe 17 objectifs de développement durable (1) à atteindre d’ici-là, semble n’avoir jamais été autant considéré comme une véritable feuille de route. Dernièrement, il semblerait que l’action climatique se soit jouée du côté des revues scientifiques. En effet, la revue britannique « The Lancet » s’est alliée à la fondation EAT (2) dans le cadre d’une commission composée de 37 experts de diverses disciplines s’échelonnant de la nutrition à l’environnement ainsi qu’à la science politique et a livré une conclusion réjouissante, ce 17 janvier dernier.

A les croire, il serait possible de nourrir 10 milliards d’êtres humains en 2050 tout en assurant la pérennité des ressources naturelles. La commission EAT-Lancet souligne l’impact environnemental et sociétal de nos modes actuels de fonctionnement et parle expressément de « régime de santé planétaire », en l’occurrence, de la nécessité de modifier nos modes de production et de consommation. Effectivement, le domaine de l’agriculture pourrait bien se trouver être la clé pour renverser la balance climatique. D’après les chiffres de l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), la production de nos ressources alimentaires engendre près de 30% des gaz à effets de serre résultant d’une activité humaine (3). Il s’agit par ailleurs de la principale cause de la déforestation et de la perte de biodiversité et cela joue un rôle conséquent dans la dégradation de la qualité de l’eau (4).

L’enquête de la commission EAT-Lancet livre un régime alimentaire extrêmement détaillé : en 2050, chaque humain disposera de 2500 calories par jour. Ce chiffre couvre largement nos besoins caloriques de base. Et l’analyse de l’assiette idéale est encore plus approfondie : elle serait composée en moyenne de 232 grammes de céréales complètes, de 50 grammes de féculents, de 300 grammes de légumes, de 200 grammes de fruits, de 250 grammes de produits laitiers, de 125 grammes de protéines végétales (75 grammes de légumineuses et 50 grammes de noix), de 84 grammes de protéines animales (7 grammes d’agneau ou de bœuf, 7 grammes de porc, 28 grammes de volaille, 13 grammes d’œufs, 28 grammes de poisson), de 52 grammes de graisses et de 31 grammes de sucres ajoutés (5).

La première conclusion est qu’une diminution de notre consommation de viande reste le changement le plus efficace : cela est particulièrement visible dans les valeurs recommandées de viande rouge, qui demeure parmi les pôles d’activité agricole les plus polluants. Le « régime planétaire » nous autorisant un peu moins de 100 grammes de viande par jour, cela correspondrait à titre d’exemple, à un steak de bœuf et deux filets de poulet par semaine.

La seconde observation découle de la diminution de notre consommation de protéines animales, qui devrait être compensée par des protéines végétales et notamment par l’essor des légumineuses. Cette transition vers les légumineuses date de 2016, lorsque l’Assemblée Générale des Nations-Unies a décrété que cette année-là deviendrait « l’année internationale des légumineuses » (6). La transition sociétale est fastidieuse, mais s’effectue déjà, notamment par des programmes de valorisation des légumineuses auprès des agriculteurs et de la population.

La principale préoccupation, à la lecture de l’enquête de la commission EAT-Lancet est le contenu de l’assiette trop détaillé et trop contraignant. Néanmoins, cette vision proposée par les experts présente l’avantage de prendre en compte les préférences individuelles et locales. Il ne s’agit pas de libéraliser et uniformiser le domaine de l’alimentation en supprimant les particularismes locaux mais plutôt de recommander des valeurs caloriques. L’enquête de la commission livre des chiffres qui demeurent des moyennes et permettraient d’avoir des menus flexibles, selon les ressources alimentaires disponibles à l’échelle locale.

Le second avantage en faveur de ce régime planétaire consiste en son pouvoir à rétablir la balance nutritive globale et ainsi à épargner de nombreuses vies. Actuellement, près de deux milliards d’adultes sont en surpoids voire obèses tandis que 462 millions sont en insuffisance pondérale (7). Cependant, la mise en place de ce régime planétaire d’ici l’an 2050 nécessiterait un effort global. Dans les pays dits « riches », dont la consommation personnelle journalière s’élève à près de 3700 calories, la population devrait s’efforcer à ne pas accaparer les ressources afin de permettre aux pays les moins bien lotis de gagner 200 calories par personne et par jour.

Cette enquête semble donc indiquer que nous pourrions, avec un peu de motivation et de temps, changer notre mode de consommation et ainsi nous occuper efficacement de nos propres oignons. Pourquoi ne pas s’y essayer ?

Références
1- http://www.undp.org/content/undp/fr/home/sustainable-development-goals.html (consulté le 21 janvier)
2- Pour plus d’informations sur la fondation EAT : https://eatforum.org/
3- Plates, Pyramids, Planet. Gonzaley Fischer C., Garnett T. FAO, Rome, 2016. Publication disponible au téléchargement au lien suivant : http://www.fao.org/documents/card/fr/c/d8dfeaf1-f859-4191-954f-e8e1388cd0b7/
4- Vous pourrez retrouver des statistiques plus approfondies dans l’article suivant : Smith et al. (2014). Agriculture, Forestry and Other Land Use (AFOLU). In : Climate Change 2014 : Mitigation of Climate Change. Contribution of Working Group III to the Fifth Assessment Report of the Intergovernmental Panel on Climate Change.
5- Pierre Le Hir, Le Monde, 17 janvier 2019 : https://www.lemonde.fr/planete/article/2019/01/17/un-steak-par-semaine-des-fruits-et-des-proteines-vegetales-la-recette-du-regime-de-sante-planetaire_5410177_3244.html?xtmc=regime_planetaire&xtcr=1 (consulté le 22 janvier 2019)
6- 2016, Année Internationale des Légumineuses, FAO. A retrouver au lien suivant : http://www.fao.org/pulses-2016/fr/ (consulté le 24 janvier 2018)
7- https://www.who.int/fr/news-room/fact-sheets/detail/malnutrition (consulté le 23 janvier 2019)

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