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Manifestations antiracistes aux États-Unis : l’Europe doit faire preuve d’avant-gardisme politique

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Jet d'Encre

Par Fabien Cadez, publié le 21 juin 2020
Voir l’article source sur Jet d’encre

© Patrick Behn/Pixabay

La mort de George Floyd, homme afro-américain tué par un policier blanc à Minneapolis, a suscité une vague mondiale de protestations. Fabien Cadez nous propose ici de remonter aux origines de cette fracture ethnique aux Etats-Unis, appelant l’Europe à écouter « ces cris de colère et prendre conscience qu’il est indispensable de nous battre tous les jours pour l’égalité et la justice sociale ».

Lundi 25 mai, un policier blanc tue par asphyxie un Afro-Américain lors d’une arrestation brutale [1]. C’est la goutte qui fait déborder le vase. Une série de rassemblements embrase l’État du Minnesota avant de se répandre à travers les États-Unis [2]. Signe d’une colère longuement accumulée, l’éruption soudaine de manifestations parfois violentes vise à dénoncer le racisme ordinaire et institutionnel persistant dans le pays à l’heure actuelle [3].

Aux origines d’une situation explosive

Ce qui se passe actuellement aux États-Unis puise son origine dans une partie sombre de l’histoire européenne : celle de l’esclavagisme. Au début du 17e siècle, les colonies anglaises d’Amérique du Nord ont besoin de main-d’œuvre pour labourer les plantations de tabac, de coton et de riz [4]. Ces matières premières ont pour vocation à être exportées en Grande-Bretagne avant d’être transformées puis vendues sur le marché européen [5]. C’est à cette époque que les premiers esclaves sont déportés d’Afrique : souvent prisonniers de guerre, ils sont vendus par des marchands locaux à des colons anglais avant d’être transportés sur des négriers à destination du Nouveau-Monde [6].

Tout au long du 19e siècle, la question de l’abolition de l’esclavage devient un sujet brûlant dans le monde occidental avec l’émergence du libéralisme économique et politique [7]. Aux États-Unis, devenus entre-temps indépendants de la couronne d’Angleterre en 1776, la structure socio-économique du pays est divisée en deux. Au nord, les États se modernisent rapidement et développent une économie basée sur l’industrie et le commerce [8]. A contrario, ceux du sud sont majoritairement agraires et dépendent fortement de l’esclavage pour leurs activités économiques [9].

Le 6 novembre 1860, l’élection d’Abraham Lincoln à la présidence polarise profondément la vie politique de la nation. Bien qu’il soit modéré, le candidat républicain est réputé pour être un partisan de l’abolitionnisme [10]. Point de rupture, plusieurs États sudistes font sécession avant de former les États confédérés d’Amérique [11]. L’Union du Nord, déterminée à préserver les États-Unis d’Amérique et mettre un terme à l’esclavage, mobilise son armée. Quelques mois plus tard, la crise politique débouche sur la guerre de Sécession. Néanmoins, la victoire de l’Union en 1865 permet d’amender la Constitution américaine afin d’abolir formellement l’esclavage [12].

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Par Fabien Cadez, publié le 21 juin 2020
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© Patrick Behn/Pixabay

La mort de George Floyd, homme afro-américain tué par un policier blanc à Minneapolis, a suscité une vague mondiale de protestations. Fabien Cadez nous propose ici de remonter aux origines de cette fracture ethnique aux Etats-Unis, appelant l’Europe à écouter « ces cris de colère et prendre conscience qu’il est indispensable de nous battre tous les jours pour l’égalité et la justice sociale ».

Lundi 25 mai, un policier blanc tue par asphyxie un Afro-Américain lors d’une arrestation brutale [1]. C’est la goutte qui fait déborder le vase. Une série de rassemblements embrase l’État du Minnesota avant de se répandre à travers les États-Unis [2]. Signe d’une colère longuement accumulée, l’éruption soudaine de manifestations parfois violentes vise à dénoncer le racisme ordinaire et institutionnel persistant dans le pays à l’heure actuelle [3].

Aux origines d’une situation explosive

Ce qui se passe actuellement aux États-Unis puise son origine dans une partie sombre de l’histoire européenne : celle de l’esclavagisme. Au début du 17e siècle, les colonies anglaises d’Amérique du Nord ont besoin de main-d’œuvre pour labourer les plantations de tabac, de coton et de riz [4]. Ces matières premières ont pour vocation à être exportées en Grande-Bretagne avant d’être transformées puis vendues sur le marché européen [5]. C’est à cette époque que les premiers esclaves sont déportés d’Afrique : souvent prisonniers de guerre, ils sont vendus par des marchands locaux à des colons anglais avant d’être transportés sur des négriers à destination du Nouveau-Monde [6].

Tout au long du 19e siècle, la question de l’abolition de l’esclavage devient un sujet brûlant dans le monde occidental avec l’émergence du libéralisme économique et politique [7]. Aux États-Unis, devenus entre-temps indépendants de la couronne d’Angleterre en 1776, la structure socio-économique du pays est divisée en deux. Au nord, les États se modernisent rapidement et développent une économie basée sur l’industrie et le commerce [8]. A contrario, ceux du sud sont majoritairement agraires et dépendent fortement de l’esclavage pour leurs activités économiques [9].

Le 6 novembre 1860, l’élection d’Abraham Lincoln à la présidence polarise profondément la vie politique de la nation. Bien qu’il soit modéré, le candidat républicain est réputé pour être un partisan de l’abolitionnisme [10]. Point de rupture, plusieurs États sudistes font sécession avant de former les États confédérés d’Amérique [11]. L’Union du Nord, déterminée à préserver les États-Unis d’Amérique et mettre un terme à l’esclavage, mobilise son armée. Quelques mois plus tard, la crise politique débouche sur la guerre de Sécession. Néanmoins, la victoire de l’Union en 1865 permet d’amender la Constitution américaine afin d’abolir formellement l’esclavage [12].


[1RTS Info. (2020). Toujours des violences à Minneapolis malgré l’inculpation d’un policier. Lien : https://www.rts.ch/info/monde/11363377-toujours-des-violences-a-minneapolis-malgre-l-inculpation-d-un-policier.html

[2Le Figaro. (2020). Les émeutes américaines en trois questions. Lien : https://www.lefigaro.fr/flash-actu/les-emeutes-americaines-en-trois-questions-20200601

[3Paris Match. (2020). Les États-Unis divisés entre émeutes et rassemblements pacifistes. Lien : https://www.parismatch.com/Actu/International/Les-Etats-Unis-divises-entre-emeutes-et-rassemblements-pacifistes-1687854

[4History.com. (2009). Slavery in America. Lien : https://www.history.com/topics/black-history/slavery

[5Spielvogel, J. (2003). ‘Europe and the World : News Encounters 1500-1800’. Western Civilization. United States of America : Thomson Learning, pp.381-382

[6Ponti, C. History.com. (2019). American’s History of Slavery Began Long Before Jamestown. Lien : https://www.history.com/news/american-slavery-before-jamestown-1619

[7Henry, N.L. Britannica. (2016). Slavery Abolition Act. Lien : https://www.britannica.com/topic/Slavery-Abolition-Act

[8Spielvogel, J. (2003). ‘An Age of Nationalism and Realism, 1850-1871’. Western Civilization. United States of America : Thomson Learning, pp.627-628

[9Weber, J. & Hassler, W. (1998). Britannica. American Civil War. Lien : https://www.britannica.com/event/American-Civil-War

[10Arsever, S. (2009). Le Temps. Lincoln, le vainqueur hésitant de l’esclavage. Lien : https://www.letemps.ch/monde/lincoln-vainqueur-hesitant-lesclavage

[11Compagnon, O. (2020). Encyclopaedia Universalis. Guerre de Sécession, en bref. Lien : https://www.universalis.fr/encyclopedie/guerre-de-secession-en-bref/

[12History.com. (2009). Slavery in America. Lien : https://www.history.com/topics/black-history/slavery

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